Michel Carminati, l’homme du ‘’Bœuf chez Aristote’’

 

Il y eut une période à Dijon, précisément depuis le 11 mars 1972, où chaque printemps, un soir, un grand amphithéâtre de l’université se remplissait de monde. Un public qui n’était pas composé que d’étudiants venait écouter de la musique au cours d’une fête imaginée à la manière d’un Jazz band ball. Référence historique indiquant qu’on y jouait du New Orleans, du Dixieland, qu’on y entendait aussi du blues et du negro spiritual. Mais la nuit faisant son chemin, au fur et à mesure des éditions d’autres accents s’immisçaient dans le Bœuf chez Aristote ; puisque c’est de lui qu’’il s’agit. Il faut rappeler succinctement les circonstances de son apparition et donc qui eut l’idée de sauter sur une belle occasion qui se présentait.

 En 1971, l’Université de Dijon [1] s’était choisi une présidente : Françoise Moret-Bailly qui, l’année suivante organisa une Semaine Ville Université : opération porte ouverte de toutes les facultés et de tous les laboratoires, à quoi s'ajouteraient des manifestations culturelles. Son but était de rapprocher l’université, un peu à l’écart sur la colline Montmuzard, de la cité. De cette Semaine particulière Françoise Moret-Bailly tirerait d’ailleurs des leçons au plan culturel pour l’avenir.

Afin de la rendre vivante il était besoin d’y organiser des manifestations en soirée. Un coordinateur fut choisi : Michel Carminati, professeur et aussi tromboniste dans un orchestre de musiciens amateurs dijonnais : les Jazz à la Coque qui se plaisaient à jouer dans le style de la Nouvelle-Orléans. L’occasion n’était-elle pas rêvée de mettre le jazz à l’affiche ?

Pas juste le concert de cette formation connue dans la ville, mais un rassemblement, dans le style justement d’un Jazz band ball, remis au goût du jour à la Mutualité à Paris par l’Association française des amateurs de jazz Nouvelle Orléans. Les Jazz à la coque en étaient des habitués. Par ailleurs Michel Carminati ne manquait pas de contacts dans le milieu et des musiciens amateurs et des jazz clubs de la région, voire au-delà. Envoyer une fanfare jouer dans les rues de Dijon au cours de l’après-midi pour attirer le public ? Quoi de plus simple. Ainsi l’universitaire tromboniste lança-t-il, et maintint-il pendant quinze années, un Bœuf ébouriffant sur le campus dans lequel pouvaient se glisser un peu de pédagogie historique par la bande.

Il trouva même le moyen de rendre l’université producteur de disque puisqu’un vinyle parut à la fin des années 1970, rassemblant des extraits de trois Bœufs, 1974,1976 et 1977[2]. Les Jazz à la coque y interprètent Absent minded blues[3] où avec ses growls pressants Michel Carminati semble emmener l’orchestre. Parmi ses huit musiciens se trouve Frédérique Carminati à la clarinette. Il s’agit de sa première apparition dans le Bœuf chez Aristote. Elle n’allait pas tarder de laisser l’instrument pour se consacrer à la voix et embrasser une carrière professionnelle, suivie par son père à présent dans le public.

Michel Carminati s’est éteint le 10 mars ; à un jour près quarante-cinq ans suivant l’entrée en lice de son Boeuf.

 

 

 

Michel Pulh


1- Elle n’était alors que de Dijon avant de s’appeler de Bourgogne.

2- Pour qui serait pris d’envie d’en dénicher un exemplaire : Le Bœuf chez Aristote, disque 33 tours, FLLP330, produit par l’Université de Dijon . Autant dire une rareté.

3- Blues de Tom Delaney enregistré en 1924 par Margaret Johnson avec l’orchestre de Clarence Williams.